mardi 15 avril 2008

Epoque epique, DARLING

En solo, c'est deux pill's dans la gueule et direction "le Bar des Chasseurs", sensations fortes garanties, Darling. Des plans suicide comme on n'en fait plus. Au comptoir, commander un lait fraise, une "boisson de pédé" comme ils disent. Les chiottes, troisième pill's et une rasade de vodka, ce soir c'est du grand art.
Je sais plus lequel m'a pété le nez. Ni pourquoi j'ai un pied de tabouret à la main.
Putain, ça pisse le sang et le soleil se lève. Mâchoire bien niquée et sang seché sur les lèvres, baiser rouge carmin qui part en croûtes.
Une pill's encore, et encore une pill's et c'est la dernière. La gueule bien sèche, en aspirant un peu de sang et de salive qui reste on fait tomber laborieusement la petite bête, et la sensation de caillou coincé dans la gorge. Au supermarché pour acheter une bouteille d'eau, putain ça coince, ça veut pas rentrer, ça veut pas sortir.
Déambulation dans le supermarché matinal, rutillant, fraichement achalandé, nettoyé par le Quinte Monde. Flippant, y'a pas un chat. Flippant, on entend parfaitement la radio dans tous les rayons, et la voix de chaudasse synthétique. J'ai envie d'un truc qui pétille et gavé de colorants et de sucre et de goûts artificiels. Soda phosphorescent. Et une bombe de Baygon, "répulsif anti rampants".
Une gueule fatiguée en caisse, elle a pas du passer la soirée au Bar des Chasseurs. Je me suis toujours demandé, ces femmes-viande qu'on croise dans les clubs et les boîte de nuits, peinturlurées comme des Jocondes de foires, comme des guerrières celtes en campagne - je me suis toujours demandé où ces femmes-viandes se cachaient la journée. Hé bien voila. Ce sont les viandes de la caisse du supermarché, les mêmes, engoncées dans des uniformes attroces, sans doute conçus par des épiléptiques daltoniens dans des caves sans lumière.
Elle a un pincement de dégoût, en fait, je dois être un peu plus amoché que ce que j'imaginais. C'est sûre, j'ai pas la tronche des minots en chemise blanche et cheveux gélifiés qu'elle à l'habitude de faire bander en boîte, attirée par des phéromones de synthèse, et même si la radio nous passait une lambada électro endiablé, y'a fort à parier qu'elle viendrait pas se frotter à moi et mes phéromones trop naturels. Renverse la monnaie sur le comptoir, à peine si elle ose me frôler la main quand je lui donne mes ronds d'ferraille. La ça devient vexant, moi j'ai pas eu l'occasion de lui montrer qu'elle aussi me dégoûtait, au fond.
La pill's est passé, et le videur qui m'a suivi le long de mes pérégrinations me prie de sortir quand je me mets à réciter péniblement la liste des ingrédients de mon soda fluo sur le ton d'un poème récité à l'école.
Acide phosphorique. Acésulfame-K. Aspartame. Sirop de gluco-fructose... Contient une source de phénylalanine.....
Une grande giclée de bombe Baygon "répulsif anti rampants" dans la gueule du videur qui hurle sa race. Et moi je trace ma race, et je me vautre sur le carrelage fraîchement lavé. J'ai glissé jusque dans la porte automatique.

En solo Darling, et en occident, on vie tant bien que mal les aventures dont on a du mal à distinguer la morale.

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