vendredi 18 avril 2008

Fresh and cool

Casser ton souffle, et casser ton sourrire. Quand j'ai mal aux artères, la tête dans les Guiness qu'on m'offre au comptoir. Dans les pression-pisse que je me paie. Aromatisé au kiwi, putain d'ivresse exotique. Et j'aurai bien embrassé aussi l'exotisme du narguilé. A chaque fois que j'y pense, je vois défiler les visages de tous ceux qui sont venus m'la racconter avec leur tabagisme passif. Ils parlent et gerbent des fleurs de toute les couleurs, ils parlent d'un monde sain, beau, coloré, un monde de gentils où les poumons demeurent rose et tendre pour l'éternité, où les estomacs travaillent joyeusement à dissoudre des légumes issus de l'agriculture biologiques et du fromage de chêvre A.O.C.
Alors le tabac, là dedans, ça fait tâche. C'est le cancer, la mort, le goudron noir et la nicotine toxique. Le tabac ne peut être que cela. Et toujours vous les entendrez vous parler des pauvre petits enfants qui toussent à cause de la fumée. Et ils suintent comme ça de miel et de bons sentiments, fervents défenseurs de l'haleine mentolée obligatoire pour tous. Ils aiment ce qui sent bon, les anus propres et soigneusements frottés au coton-tige, les aisselles embaumées par des nuages de fragrances synthétiques, propulsés par des aérosols qui préservent la couche d'ozone. Ils ont tous une bombe de déo dans leurs chiottes, du papier cul blanc, et un bloc canard WC sur lequel tout le monde pisse allègrement, que ça gicle partout sur la cuvette. La maîtresse de maison à tant de plaisir à s'agenouiller devant la cuvette et, les mains emballées dans des gants mauves en caoutchouc épais, gratter comme une damnée les traces jaunes des goutelettes de pisse des amis, à grand renfort de javel et de produit corrosifs saveur citron frais, on en mangerais.
Il y a toujours, aussi, un morceau de carton verdâtre imbibé de produit odorant, vaguement découpé en forme de sapin, qui pendouille sous le rétro de la voiture. Tous ces détails ; les bougies parfumées, les diffuseurs de parfum, la lumière douce et qui sent bon des lampes Fabergé ; les batonnets d'encens.
Alors le vieux tabac puant, non, le nuage toxique, hors de question. Le "tabagisme passif", c'est la mort tu comprends, la mort que tu imposes à ton entourrage. La mort que tu imposes aussi à des enfants.
Tout est systématiquement plus cruel, plus grave, quand ça concerne des enfants. Et pourtant, on leur bousille bien le cerveau avec cette putain d'éducation qui en fera des êtres au moins aussi cons que leurs géniteurs. Et on n'a pas honte de leur construire une société ou ils survivront comme des cafards. Pourvu, pourvu que ce ne soit pas le tabac qui les fasse tousser : le reste on s'en branle.

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Kabaret Cholera par Oskarr Najh est mis à disposition selon les termes de la license disponibles à cette adresse
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